Une d�cade dense
Ca fait tout juste 10 ans que je travaille. Ce beau matin de 1996, je prenais le chemin de mon stage, toute anxieuse de comment me tenir, comment causer aux gens, ce qu�il faut dire ou pas� Comme j�ai tout bien fait, ou en tout cas pas plus mal qu�une autre, les bougres m�ont gard�e et c�est gr�ce � ce volontaire petit matin d�il y a 10 ans que je me trouve aujourd�hui ici, devant mon �cran, dans mon bureau � moi, glacial l�hiver, bouillant l��t� et vitr� comme un bordel � Amsterdam.
Depuis ce jour d�ao�t o� sans m�en apercevoir je mettais un orteil fatal dans l�engrenage infernal du monde du travail, je n�ai plus trop peur de mal me tenir ou de mal parler. Car, de fait, je suis affal�e sur mon si�ge et je cause comme une poissonni�re � mon cher patron, qui ne cesse de s�en plaindre. Fallait pas m�embaucher.
En 10 ans, comme la plupart d�entre vous, j�en ai v�cu des jours de panique avant l�inauguration du nouveau point de vente. J�en ai vu passer des notes de service r�expliquant la r�gle des prises de cong�s (avant et apr�s la loi Aubry). J�en ai connu des int�rimaires infoutues d�orthographier mon nom. J�en ai faites des r�unions ineptes destin�es � flatter l��go d�un chef incomp�tent. Mais plus maintenant, hein, maintenant mon chef, c�est une super lumi�re�(tiens, salut, tu passais par l� ?)
D�ailleurs, depuis aujourd'hui et apr�s 6 mois d�abstinence, mes coll�gues et moi-m�me avons renou� avec la traditionnelle r�union hebdomadaire des cadres. Je l�avais pratiqu�e ailleurs, mais pas encore � � Fais le avec tes doigts �, notre TPME exemplaire, mais franchement TP. Du coup, pour rendre le truc cr�dible, on a donn� un num�ro � l�unique salle de r�union, on a fix� un horaire inamovible alors qu�on se croise tout le temps dans le micro-couloir et on a m�me tent� l�ordre du jour, bien qu�un seul sujet nous int�resse en cette saison. Car le mail du chef qui donne rendez-vous tous les lundi � 10h30, salle 432, pour �voquer la r�organisation de la structure efficiente, �a a plus de gueule que : � bon les mecs, on se voit 1 heure � la machine � caf� pour que je vous refile mon taf ? �.
En fait, le travail n�est qu�une succession de rites plus ou moins �tablis, destin�s � formaliser une activit� diurne et poussive pour laquelle chacun est plus ou moins r�tribu�. 10 ans qu�il m�aura fallut pour m�en apercevoir�