La tradition, �a a du bon
Il est reviendu le jouli temps de la galette des rois, le marronnier du d�but d�ann�e, le rendez-vous incontournable dans nos ch�res entreprises si sensibles au maintien de l�esprit d��quipe, de la convivialit� et du taux de cholest�rol de ses ouailles. Ah le bon g�teau� heu platreux.
Parce que dans ma belle entreprise, on est conviviaux mais pauvres. On conserve un semblant de dignit� quand m�me, on se fournit pas en galettes made in Moldavia 100 % pur porc de chez Lidl, mais on ne creuse pas non plus le d�ficit en � D�lice dor� de l�an nouveau et sa cr�me nuageuse aux amandes de Toscane �, 100 % fait main � la feuille d�or de chez Fauchon. On se r�unit convivialement dans le couloir, et on salope convivialement la moquette � la galette Carrefour et sa p�te d�amande solide et consistante, quasi in�branlable, et avec un bon cidre � Reflet de France �, m�me que j�ai eu droit de prendre du brut, parce que je suis grande maintenant (bien que tr�s en dessous de la moyenne d��ge).
L�avantage avec la solide galette Carrefour, c�est que la compacit� de la chose � l�amande au milieu �vite le sournois plancage de la f�ve dans la cr�me. L�, quand tu es un peu malin et que tu tiens absolument � ce que la convivialit� ne tourne pas au ridicule total immortalis� sur le champ (c'est-�-dire ta t�te couronn�e de carton affich�e pour l��ternit� au secr�tariat), tu �tudies discr�tement les parts et �vites soigneusement toutes celles pr�sentant une difformit� caus�e par une f�ve Shrek grosse comme un bigarreau. Difformit� in�vitable, vu qu�il est d�un point de vue physico-chimique impossible de m�langer/fusionner/int�grer un Shrek gros comme un bigarreau dans de la cr�me de parpaing. La f�ve, plus que cach�e est en fait coll�e/agglom�r�e sur le dessus de la couche d�amandes condens�es, juste sous la couche de p�te feuillet�e du dessus que tu vires discr�tement si tu veux t�en sortir vivant.
Donc, finaud que tu es, tu rep�res l�embrouille et tu refiles la part ignoblement bossel�e � Mme Suzanne. 20 minutes plus tard, le temps d�ingurgiter sans s��touffer la partie fourr�e en mastiquant comme une ch�vre et en humidifiant r�guli�rement au cidre pour tenter d�attendrir (voire de dissoudre parce que le brut de chez "Reflet de France"�) la p�te agglom�r�/coll�e sur ses gencives et juste avant d�atteindre le talon sec comme une pierre au soleil, en se croyant sauv�e, Mme Suzanne tombe sur l��norme objet en niquant son bridge. � Ah ! Ouille ! A�e ! � c�est moi qui l�ai� �. Mme Suzanne, le temps de cracher ses dents, pose devant l�objectif souill� de doigts gras, avec la couronne argent�e pos�e sur le brushing. L�humiliation se poursuit par le choix de son roi, et pour pas vexer ni trop fayoter, Mme Suzanne jette son d�volu et transmet le t�moin au plus ancien de ses coll�gues, le Chef comptable, qui l�avait pas fini sa galette pour raison de sant� (foulure de la m�choire avant la troisi�me bouch�e). Tout le monde rit de bon c�ur, quelle bonne humeur !
Voil�, apr�s toute cette convivialit�, chacun regagne son bureau, ignorant la moquette macul�e de feuilletage et tient fermement son estomac, lest� comme un plongeur � 20 m�tres.
C�est la tradition, on ne peut pas contester, refuser, remettre en cause. C�est la tradition, donc c�est forc�ment bien. La preuve, on recommence tous les ans.