Juliette, Julia et BarbaraIl y a quelques jours, alors que je visitais un appartement merdique en vue d'une possible acquisition, l'agent immobilier m'a fait le coup de Juliette. J'explique le coup de Juliette, d�sormais un classique. Cela consiste pour un parfait inconnu � plus ou moins me d�visager puis � encha�ner grosso-modo les phrases suivantes :
��Je ne sais pas si on vous l'a d�j� dit...��
��...vous ressemblez � une actrice...��
��... � Juliette Binoche��.
Dans ce studio d�labr� mais on�reux, je suis rest�e silencieuse et emmerd�e devant cet �ni�me coup de Juliette, sournoisement port�, alors que je fouinais dans la crasseuse cuisine.
On va se parler en vrai : c'est pas que je lui ressemble franchement � Juliette. Surtout que je suis BEAUCOUP plus jeune. Admettons : je ne suis pas bien grande, plus ou moins brunette et avec le m�me genre de sourire. Enfin on va dire �a, mais c'est pas super frappant non plus. Et pourtant, il se trouve occasionnellement quelqu'un pour me dire le contraire, sans aucun soup�on de drague lourde.
Mon premier coup de Juliette s'est d�roul� dans un magasin de chaussures pendant les soldes il y a 5 ou 6 ans. La vendeuse me d�visageait et quand elle m'a avou� pourquoi, j'ai mis �a sur le compte du b�ret que j'avais sur la t�te. Binoche en portait un dans un film, voil� c'est tout. M�me pas pens� � lui demander une r�duc sur les bottes...
Et puis plus rien pendant longtemps. Et de la Juliette en rafale ces derniers mois. Surtout chez les commer�ants et restaurateurs, comme chez ce charmant asiatique qui � l'issue des 2 phrases f�tiches ne mettait pas de nom sur l'actrice de sa pens�e. Ma m�re, toujours en finesse, surtout apr�s 4 bi�res (parce que la fondue chinoise �a donne soif), s'exclama : ��oui, � Julia Roberts�! � Alors Juliette, je veux bien sans trop d'�clairage, pas Julia point du tout. D'autant qu'� moi enti�re, je suis une demi-Julia en hauteur, tout en �tant plus d�velopp�e par endroits. M�me le restaurateur from Sa�gon ne le sentait pas ainsi d'ailleurs. Mais bon, c'est ma m�re et elle �tait en forme ce week-end l�, puisque le lendemain, elle chanta mes louanges � Rapha�l Mezrahi (pour ceux qui ont suivi les �pisodes pr�c�dents).
Avec mon �panchement sur le coup de Juliette, je sens que vous vous demandez o� est le probl�me vu que la comparaison n'est pas vraiment diffamatoire. C'est pas un boudin tout de m�me, la Juju. Mais voil�, admettez que c'est juste tr�s g�nant qu'un inconnu vous d�visage et se trouve subtil de vous d�baller sa fine analyse de votre faci�s. Et d'abord, qu'est-ce que vous voulez r�pondre � �a ?
- pas ��merci��, rien ne dit que c'est un compliment et d'ailleurs ce n'est pas formul� de la sorte. Ils sont juste super contents de l'avoir trouv�e, la ressemblance in�dite...
- pas : ��oui, on me le dit souvent��, trop ��je me la p�te��
- pas : ��� elle aussi, on lui dit tout le temps��, encore pire
- pas non plus ��non pas du tout et touche � ton cul�� vu que je suis plut�t sympa dans le fond, comme fille...
J'en ai une super de r�ponse en fait mais je n'ose pas la sortir pour ne pas prolonger la conversation sur le sujet, mon souhait imm�diat �tant de clore (et de soit de commander une boule coco, soit de m'interroger sur les dimensions du s�jour, selon les circonstances). Un jour, un individu �voluant dans le milieu cin�matographique m'a sorti les 2 premi�res phrases rituelles et, anticipant le coup de Juliette, je le coupe et lui dit ��oui, je sais, Binoche...��. Et lui me r�pond : ��Non, je la connais Juliette, tu ne lui ressembles pas. Tu ressembles � Barbara Schultz...��.