La fin inattendue de l'�pisodeplus de bajada por el lado izquierdo
Ils �taient tous l�. Il y avait les bigs chefs, d'une �tonnante jovialit� qui aurait du m'alerter. Il y avait la pl�thorique compta au grand complet, mais l� niveau jovialit�, pas de miracle. Il y avait tous les directeurs de quelque chose, c'est � dire les deux tiers de l'effectif, qui se sont octroy�s un titre ronflant pour se la p�ter en voyage au Paraguay. Il y avait les rigolardes n�nettes, heureusement en charge de mon cadeau de d�part, une assurance de qualit�. Il y avait Odile, qu'on avait charg�e de la logistique et des invitations, et comme une fois sur deux, elle avait oubli� S�bastien, juste parce qu'il a son bureau au 5�me �tage. Me voil� d�j� f�ch�e avec quelqu'un. Et puis il y avait Jean Caby et ses saucisses cocktail, M. Picard et ses d�licats feuillet�s sans oublier G�rard Kipic, venu de la montagne de Reims avec son breuvage bon march�.
Un bien joli pot de d�part en somme. Et il se trouve que c'�tait le mien. Putain... concentrons nous sur cette dignit� qui devra rester n�tre avant comme apr�s vidage du mauvais champ.
J'�tais en forme, un peu fatigu�e, mais ni trop f�brile ni trop goguenarde. Tout le monde �tait r�uni dans la salle des conf�rences et quand Sophie du marketing a enfin montr� le bout de son (grand) nez, j'ai donn� le signal du d�part. En vieil habitu� de la chose, le big chef s'est lanc� dans un petit discours juste ce qu'il faut de poli, juste ce qu'il faut de chaleureux, mais sans jamais verser dans le larmoyant. Depuis que ce monsieur a quitt� les grandes �coles, et �a fait un moment, il a toujours plus ou moins �t� chef, donc manager, donc charg� des discours de d�part. Il en a certainement fait des centaines, du coup le mien n'�tait qu'un de plus. La routine, c'�tait propre et net. On ne retient que les bons moments, mais pour �toffer, sinon �a va faire court, on se promet une foisonnante collaboration dans l'avenir qui nous r�unira forc�ment. Ca m'apprendra � ne pas changer de secteur. Je lui jetais des petits sourires en hochant aux moments opportuns. Une affaire qui roule. D�j� Odile, dans son dos, faisait signe de d�boucher tandis que les assistantes �taient affair�es au montage f�brile des fl�tes en plastoque.
Il a fini, on a applaudit et c'est l� que je suis partie en cacahou�te. Car tandis que j'allais prendre la parole et leur signifier toute mon amiti�, et bla bla blouille, les filles de l'�quipe sont arriv�es avec le bouquet et les paquets. Alors, je me suis retrouv�e avec cette montagne de cadeaux dans les bras, totalement stup�faite. J'ai compris rien qu'en les voyait que mes petits coll�gues ne s'�taient pas foutus de ma gueule et loin de l�. Avant m�me de leur ass�ner mon brillant discours, mon cerveau de shoppeuse exerc� calculait d�j� la somme approximative qu'il avait fallut collecter pour m'offrir ce que contenait, � vue d'oeil, les bo�bo�tes de marque. Liquide que j'�tais. Emue de cette d�monstration �trange de popularit�. Certes, je me savais plus aim�e que le juge Burgaud. Mais tout de m�me, me voil� toute conne � bafouiller que je pars pour faire �voluer ma carri�re et pas parce que c'est quand m�me un peu la merde ici, non je l'ai pas dit comme �a. Je remercie b�tement, je leur souhaite... des bonnes choses, hein. Voil�, on se reverra. Ou pas, mais � ce moment l�, �a ne se dit pas. Clap clap, on applaudit, on commence � boire, et Crucruche ouvre ses paquets de plus en plus tremblante au fur et � mesure qu'elle d�couvre les jolies choses pas bon march� que ses coll�gues lui ont offert.
Y'a plus qu'� faire le tour pour claquer deux bises et remercier. Les t�moignages de sympathie, voir de regrets s'encha�nent, avec ce petit go�t d'hypocrisie propre aux circonstances. Mais il doit bien y en avoir qui le pensent. Merde... et moi, je ne les aime pas plus que �a. Mais je suis vraiment une garce, une fille pas bien du tout ! Sur le moment, plus nigaude que jamais, je m'en veux de ne pas plus les aimer. Enfin surtout apr�s 3 coupes de champ, hein. Ben oui, moi je suis le genre de fille qui s'�meut � la vue d'un petit lapin malheureux � la t�l�. Alors quand les gens sont gentils avec moi, �a me bouleverse, ph�nom�ne de nunucherie galopante grandement acc�l�r� par l'alcool, surtout le cheap. Mais larmes il n'y a pas eu, faut pas d�conner non plus. La surprise l'a emport� sur la mi�vrerie.
Les gens sont rest�s longtemps, plut�t contents d'�tre l�. Quand �a s'est fini, les boss m'ont fait la bise, c'est dire si on �tait bourr�. Je suis partie, charg�e comme une mule, avec mon bouquet et mes paquets. Je suis descendue, en passant devant l'h�tesse pleine de dents, puis devant la s�curit�, des gars au physique engageant, presque autant que le gang des Barbares. En franchissant les portillons, j'ai mis mon casque dans mes oreilles, et l� sans que j'ai rien programm�, c'est Cali qui a d�marr�, ��Je m'en vais�� : ��Je selle ma monture, je repars � l'aventure��.
Pas de chagrin, quelques regrets de ne pas avoir fait mieux. Mais de l'espoir surtout et de la gniak. Et des tonnes de cadeaux...