�tablissements Chouppard et fils
Une maison de qualit�, fond�e en 1852
C'est en 1852, dans son village de naissance de Sainte-Gudule-les-Pendules, que Louis-Auguste Chouppard fonda les �tablissements Chouppard, fabrique de semelles en bois.
Louis-Auguste Chouppard, fils d'Adolphe Chouppard, menuisier-�b�niste de son �tat, et d'Ernestine Chouppard, n�e Pupier, ouvri�re en maroquinerie, �tait un enfant pr�coce. Fier de son h�ritage familial et du savoir faire transmis par ses parents, le jeune Louis-Auguste se prit de passion pour la semelle en bois. Il effectua ses premi�res r�alisations d�s l'�ge de 13 ans avec quelques outils offerts pour No�l.
Ag� d'� peine 17 ans, Louis-Auguste s'�tablit � son compte et se fit rapidement une honorable r�putation, au-del� m�me de la commune. Ses semelles en bois le firent rapidement conna�tre jusque dans les cantons avoisinants.
Mais c'est un �v�nement historique national qui fit de lui un v�ritable entrepreneur. Saluant l'av�nement du Second Empire, Louis-Auguste Chouppard lan�a la semelle en bois "Napol�on III" qui devint son produit vedette en quelques semaines. Les commandes abond�rent et le jeune homme dut bient�t employer des ouvriers, qu'il forma lui-m�me � la confection de la semelle en bois Chouppard. Profitant de l'engouement r�gional pour ce retour aux vraies valeurs de la France apr�s des ann�es d'errements, Il fonda en 1852 les �tablissements Chouppard.
Toute sa vie durant, il �uvra au d�veloppement de Chouppard, � son rayonnement sur le march� de la semelle en bois, dans le respect des traditions.
Apr�s 49 ans de labeur, harass� de fatigue, ce patron admirable, qui f�t aussi un �poux aimant et un p�re exemplaire, l�gua son entreprise � ses deux fils, L�on et Lucien Chouppard. En 1901, les �tablissements Chouppard Fr�res employaient 178 personnes et jouissaient d'une r�putation nationale.
Alors que l'entreprise prosp�rait, survint la Grande Guerre. Lucien, le plus jeune des fr�res Chouppard tomba pour la France au Chemin des Dames, loin des siens, mais ses semelles en bois aux pieds. On dit d'ailleurs que ces derni�res lui firent du tort lorsque sonna le repli sur des terrains de combat lourds et meubles.
L�on, ne pouvant rester seul � la t�te de la manufacture appela aupr�s de lui son fils Eug�ne, et � eux deux, ils entreprirent d�s 1918 de ressemeler la France. Usant des nouveaux moyens de promotion, Eug�ne eut recours � la r�clame affich�e, "Chouppard un jour, Chouppard toujours" devenant la devise de la Maison. Il inaugura �galement le lotissement Chouppard, coquette zone d'habitat r�serv�e aux plus m�ritants des employ�s de Chouppard et Fils. Tout ce qui �tait n�cessaire � leur existence leur fut d�sormais fourni par Chouppard : les �coles, les commerces, les transports et le charbon.
Pour sa part, L�on Chouppard consacra les derni�res ann�es de sa vie au d�veloppement international de Chouppard et Fils. Il obtint d'importants march�s en Allemagne o� le secteur de la semelle en bois �tait exsangue. Les ann�es 30 furent donc celles des exportations �uvrant ainsi au rapprochement entre les Nations. On vit L�on Chouppard parcourir l'Europe : Munich en 1934, Berlin en 1935, Rome et Vienne en 1937� Malheureusement, cette louable entreprise ne put emp�cher un in�vitable conflit mondial.
Apr�s la pr�visible humiliation de juin 40, et alors que bien des Fran�ais auraient baiss� les bras, Eug�ne Chouppard d�cida de ne pas fermer les ateliers, r�pondant aux commandes de sa fid�le client�le par un recours � toutes les forces de production disponibles.
Pendant 4 ans, il se d�mena pour obtenir toutes les autorisations n�cessaires � la bonne marche de la Maison Chouppard et Fils. Cela lui fut reproch� � la fin de la guerre, car d'aucuns voyaient dans cette volont� de perp�tuer l'h�ritage familial en pr�servant de bonnes relations avec les autorit�s, des sympathies pour l'ennemi. Certains se sont d'ailleurs m�pris, voyant dans l'aigle imp�rial repr�sent� sur l'historique semelle "Napol�on III" de la Maison, un aigle germanique, glorifiant l'occupant.
L'apr�s-guerre fut la p�riode la plus noire de l'Histoire de la Maison Chouppard. Les �tablissements furent plac�s sous tutelle et Eug�ne Chouppard et sa famille durent s'exiler au Venezuela o� ils fond�rent la "F�brica artisanal de planta del pie de Chouppard".
Chouppard fut alors au bord de la faillite. Convoit�e par le Consortium "Les semeleurs du Poitou", l'entreprise vit son personnel se mobiliser pour une reprise par des capitaux r�gionaux, alors m�me que, pr�serv�s des d�rives gauchistes, aucun mouvement de contestation n'avait jamais frapp� les �tablissements Chouppard.
C'est alors que survint un jeune homme de 25 ans, Lucien-Gilbert Marcellin-Chouppard, petit-fils du h�ros de 14, Lucien Chouppard. Ce Saint-Cyrien, n� trop tard pour la guerre et ignorant tout de la semelle en bois, se fit un point d'honneur � ce que l'historique Maison Chouppard ne quitte pas le giron familial. Sacrifiant une prometteuse carri�re militaire vou�e � la pr�servation de nos territoires coloniaux ch�rement acquis, Monsieur Marcellin-Chouppard renoua avec un si�cle de tradition en venant s'�tablir � Sainte-Gudule-les-Pendules, o� il fut accueilli comme un sauveur par le personnel en liesse des �tablissements Chouppard. � cet instant, il d�cida de conserver le seul nom de Chouppard qu'il s'enorgueillit de l�guer � ses propres enfants. En 1956, il �pousa une jeune villageoise, fille du contrema�tre de l'atelier principal de semellage, Mademoiselle Raymonde Trouchignac, qui lui donna trois beaux enfants, G�rard, R�gis et Yvette.
Gr�ce � l'engagement sans faille de Lucien-Gilbert Chouppard, les �tablissements Chouppard retrouv�rent toutes leurs lettres de noblesse, dans la pure tradition familiale Chouppard et sans jamais rien conc�der � l'automatisation et � l'av�nement des mat�riaux plastiques dans la confection de la semelle. Cette lutte sans merci pour la pr�servation de la semelle en bois d'autrefois l'amena � c�toyer les hauts responsables de notre r�gion et � s'engager � leurs c�t�s contre la menace communiste � nos portes. Monsieur Chouppard fut pendant 37 ans maire-conseiller g�n�ral du canton de Sainte-Gudule, en plus de ses responsabilit�s de patron �clair� et lib�ral. Il fit franchir aux �tablissements Chouppard un bond technologique sans pr�c�dent avec le branchement de l'�lectricit� dans tous les ateliers et bureaux ainsi que dans tous les logements d'entreprise r�serv�s aux employ�s Chouppard. Certains m�me obtinrent l'acc�s � l'eau courante et au tout-�-l'�gout d�s 1966.
En 1971, alors que les �tablissements Chouppard �taient menac�s de rachat par les Nippons de Sashimi Moriwase Tokaido Compagny, il fit entrer dans le capital Eduardo Fernando Rodriguez Garcia Chouppard, cousin et investisseur sud americain. La m�me ann�e, toutes les dactylos furent �quip�es de machines � �crire � boule du dernier cri et les ateliers de production furent enti�rement ignifug�s gr�ce � une in�dite technologie d'amiantage int�gral. Deux ans plus tard, les �tablissements Chouppard firent leur entr�e � la cotation du second march� de la place financi�re r�gionale et Lucien-Gilbert Chouppard fut �lu par un jury ind�pendant Patron de PME de l'ann�e 1973 et Homme de l'ann�e de la semelle fran�aise.
Pourtant, en 1978, la crise p�troli�re toucha de plein fouet les �tablissements Chouppard : la semelle en bois ne faisait plus recette. Seul un plan de licenciement permis de sauver l'entreprise. Ces employ�s quitt�rent dignement leurs ateliers ch�ris, ainsi que les logements fournis par Chouppard pendant 30 ans pour la modique somme de 500 francs par mois. � l'aube des ann�es 80, Lucien-Chouppard qui, dans le tourbillon des ann�es beatniks avait investi dans le d�veloppement d'un savoir faire en mati�re de sabots compens�s, recentra l'activit� sur le produit traditionnel, la v�ritable semelle en bois, et offrit m�me une seconde jeunesse � la semelle "Napol�on III" dont il offrit en personne une paire au Pr�sident Giscard D'Estaing, qui les porta sur le champ et d�clara "Des chemelles en bois, ch'est formid�ble, permettez, che les mets tout de chuite".

Il parvient � redresser la Maison Chouppard qui l'ann�e de son d�c�s accidentel en 1991 comptait toujours 41 salari�s. Contre vents et mar�es, cet homme admirable refusa toute informatisation et toute tentation modernisatrice qui mettrait en p�ril un si�cle et demi de savoir faire familial.
Les �tablissements Chouppard furent frapp�s d'un coup terrible lorsque Monsieur Chouppard, happ� par une machine-outil, f�t semell�-clout� l� m�me o� il avait pass� les plus beaux moments de son existence.
Dans l'immense tristesse qui succ�da au deuil, on eut � craindre � nouveau pour la survie de Chouppard et fils. C'est alors que, contre toute attente, son �pouse, Mme Veuve Chouppard se mit � la disposition de l'entreprise. Quelle dignit� dans l'attitude de cette femme, qui d�cida de consacrer son ultime souffle � l'h�ritage de son d�funt �poux !
Raymonde Chouppard est aujourd'hui le dirigeant incontest� des �tablissements Chouppard et Fils, et veille, plus que jamais en ces p�riodes o� les nouvelles technologies mettent en p�ril la vie de nos petites entreprises, au respect d'un outil de travail traditionnel, bas� sur l'utilisation du four � bois, du massicot en plomb et de la machine � calculer � rouleau.
Longue vie aux �tablissements Chouppard et vive la semelle en bois !